La graine d’or

Le quinoa, la graine d'or aux milles vertus

Comment une graine qui pousse dans un écosystème aussi pauvre peut-elle ensuite contenir autant de richesses nutritives et offrir autant d’atouts écologiques et sociaux ? Pour percer ce mystère nous l’avons suivie depuis les hauts plateaux Andins jusqu’aux rayons des boutiques françaises.

La plante aux mille vertus

Sur la terre aride et infertile de l’Altiplano, les ondes de chaleur donnent aux champs de quinoa l’allure d’un mirage. Ces grandes tâches fushias, roses ou jaunes qui parsèment le paysage inspirent aux Boliviens un respect particulier : cette graine est non seulement sacrée, mais porteuse de développement. Si les populations andines la cultivent depuis 7000 ans, les Européens eux ne l’ont découvert qu’à la fin des années 1990. Sa richesse nutritive a immédiatement séduit les consommateurs occidentaux : outre les vitamines, le calcium et le fer présents en quantité, c’est son taux élevé de protéines végétales (15 %) qui a suscité l’engouement.

Les Boliviens ont donc bien raison de vénérer cette plante utilisée en culture vivrière comme pour l’exportation. Les revenus du quinoa n’ont-ils pas amélioré les conditions de vie locales ? Aujourd’hui, ce succès entraine aussi des bouleversements pour les quinoeros. Pour répondre à la demande ils sont tentés de recourir à des méthodes agricoles plus intensives, à abandonner certaines formes de polyculture (élevage etc…) qui assuraient leur sécurité alimentaire. Ils étendent leurs plantations sur des zones parfois fragiles. Mais tous les acteurs de la filière ont pleinement conscience de cette évolution. Des incitations ont été mises en place pour remédier à ces dérives : l’encouragement des cultures de pentes (moins impactantes), la limitation de l’étalement agricole et le rétablissement de certaines règles traditionnelles de gestion font partie des mesures pour que cette graine sacrée garde son statut vénérable.

2013 : l’année du quinoa

Les champs perchés sur les hauts plateaux de la Cordillère ne sont que le point de départ du long parcours qui sépare ce « riz des Incas » des rayons des boutiques françaises. Ces cultures qui poussent sans irrigation ni pesticides chimiques sont récoltées manuellement avant de prendre la direction des ateliers installés à quelques kilomètres de La Paz. « Ici le quinoa est nettoyé, trié et séché avant d’être conditionné dans de grands sacs pour prendre la route en direction de la mer, explique Raul Veliz, le Directeur de Quinoabol qui fournit le quinoa Markal (voir encadré). Ensuite il est chargé sur un cargo en partance pour l’Europe » précise-t-il. Ainsi ces graines qui poussent aux abords d’un immense désert de sel – le salar d’Uyuni – arrivent finalement dans l’usine Markal près de Valence où les dernières opérations (contrôle, emballage…) font du quinoa un produit accessible partout en France.

Olivier Markarian, l’un des pionniers de l’importation de quinoa en Europe, n’imaginait pas une telle montée en puissance : aujourd’hui, les vertus nutritives, sociales et écologiques de cette filière sont largement reconnues, au point que les Nations Unies ont déclaré 2013 « Année internationale du quinoa ». « Nous voulons populariser son utilisation en raison de ses qualités nutritionnelles » a expliqué José Graziano da Silva le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). De son côté Markal compte bien essaimer encore longtemps toutes les vertus de cette graine porteuse de sens.

Interview de Raul Veliz Directeur de Quinoabol, fournisseur de quinoa

Il décrypte pour nous cette filière : son histoire, les enjeux locaux en Bolivie et l’avenir prometteur du « riz des Incas ».

Producteur de quinoa bio Markal

Question : Quand avez-vous commencé à exporter le quinoa ?
Raul Veliz : En 1998 et je dois admettre que les premières années ont été difficiles car le marché était embryonnaire et nous exportions « seulement » 160 tonnes par an. La demande s’est vraiment développée à partir de 2004 et depuis trois ans nous exportons 2000 tonnes par an.

Question : Ces échanges ont-ils fait évoluer le niveau de vie de vos petits producteurs ?
Raul Veliz : Oui grâce au commerce équitable ils vivent dans de meilleures conditions à plusieurs niveaux : logement, alimentation, vêtement, scolarisation… De même les ouvriers de l’usine ont aujourd’hui des salaires plus élevés.

Question : Comment voyez-vous l’avenir de cette filière ?
Raul Veliz : Ce produit va continuer à se développer, non seulement sur les marchés existants, mais aussi dans d’autres régions telles que l’Asie. Les dérivés du quinoa (biscuits etc…) ont également un rôle à jouer dans les pays émergents. Le fait que l’ONU déclare 2013 comme l’année du quinoa renforce cette conviction !

En image

Vous voulez visiter les plantations de quinoa Markal ? En voici un aperçu. Bon voyage sur les hauts plateaux !

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